La vie mode d'emploi : Rendre vivant 
30 mins, installation performée pour 6 personnes, 2019 - Montrée à l'occasion de "rendre.vivant" (exposition du collectif Uklukk) et de "Figure en transe" pour la rentrée des arts de Rennes, à Hôtel Dieu.

performers/ Morgan Azaroff, Mathis Berchery, Carla Bonavent, Anouk Chardot, Fanny Gicquel, Claire Guetta, Barbara Huneau, Angèle Manuali, Sybille Raphaël,  Manon Riet, Alisson Schmitt,/ © photos Alice Delanghe


«Avec cette performance Angèle Manuali propose de déconstruire les évidences de la connaissance, d’oublier les corps tels que nous les représentons, de se projeter dans une expérience de transmission guidée, particulière, sensible, intimiste.
Ainsi, elle met en lien un ensemble de savoirs qui sont autant de récits de natures différentes, qui tendent à re-situer le corps humain dans un réseau d’analogies morphologiques ou langagières, tout en mettant en doute ce langage qui donne l’illusion de maîtriser une forme en la figeant dans un mot.
C’est en le plongeant dans un état méditatif qu’elle entraîne le spectateur à reconsidérer sa place. Un moment d’abandon qui nous fait naviguer entre ces formes-de-vie, puis le retour vers ce qu’est un corps, ce qu’est un humain dans son corps.»
Mathis Berchery

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Le degré d’intimité, c’est l’écart entre deux bouches qui se parlent.
Le tactile, le geste empreint de complicité peut être joué lors d’un salut, il peut se contrôler. La charge dont on l’a doté est exposée, elle se montre. Alors que la distance que traverse un flux de parole, cet écart là, est un indice de proximité qui ne trompe pas. L’on peut y déceler les subtilités d’une relation.

Il y réside un équilibre social coulé en nous sans datation possible, indissociable de nos résidus animaux.
L’écart le plus grand entre deux bouches, c’est une adresse à un groupe. Un écart qui, dans un bouche à oreille se réduit, frémi... il est un espace qui peu à peu se réchauffe. Cette rumeur rapproche de soi une parole lointaine. À portée de bouche, elle se propage dans un grand corps dont l’haleine d’un suivant, récepteur, devient précepteur du message.
L’écart plus grand encore, en même temps qu’il est le plus infime, c’est l’espace virtuel qui existe entre ces deux bouches. Ça peut être le téléphone : il n’y a plus de corps pour se rapprocher et pourtant l’espace de concentration autour de nous s’est resserré, la perception spatiale restreinte et la salive de l’autre crépite sourdement à notre oreille.
Étrangement, le haut parleur ne signifie pas forcément un espace réglementaire entre deux corps, et même plutôt, il est une sorte de confiance activée entre eux, un partage d’espace où la voix virtuelle envahie la pièce ne laissant, là encore, que peu d’espace à l’autre, se colle à sa peau, à ses actes. La bouche se confie, interroge l’intimité entière de celle qui l’y a invité [...]

[...] En botanique, l’homme appelle cela, timidité. Dans notre vocabulaire courant, ce terme se définit comme «la crainte des interactions sociales», une pathologie qui «amène à une concentration auto-centrée», va de paire avec «l’anxiété» et la difficulté à communiquer. Il est reconnu comme une souffrance, un sentiment d’infériorité d’un individu à qui il«manque hardiesse, vigueur; incapacité à entreprendre».

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