« Angèle adore les grosses vagues. Quand elle danse on croirait que c’est le vent qui la balance. Elle a ses racines dans le sol, elle invite à s’asseoir pour écouter, à prendre place dans des environnements qu’elle crée pour qu’avec son propre corps, chacun puisse se trouver dans des endroits de l’univers, en plein dans des fictions. Univers et fiction : sciences, savoir, immatériel. Comment rendre perceptibles ces espaces invérifiables ? Comment être en contact, réactualiser les liens plutôt qu’affirmer un discours ? Plonger à plusieurs avec attention, pour que le chahut des vagues soit fait du corps des autres. Née dans un contexte culturel occidental, elle s’est aussi rapidement attachée aux histoires et pratiques sociales asiatiques. Des récits mythiques qui ont forgé son imaginaire et une vision pluriverselle de la vie, ancrant l’expérience de son corps au centre de toute perception. »

Mathis Berchery, artiste et poète. 

« « Nous sommes plusieurs à penser, depuis notre coin d’avoine sauvage, au milieu du maïs extra-terrestre, que, plutôt que de renoncer à raconter des histoires, nous ferions mieux de commencer à en raconter une autre, une histoire que les gens pourront peut-être poursuivre lorsque l’ancienne se sera achevée. Peut-être1. » Ursula K. Le Guin

 

Diplômée de l’École européenne supérieure d’art de Bretagne en 2018, Angèle Manuali développe une pratique de performances et de vidéos, en parallèle de son activité au sein du collectif Uklukk. La conception de ses œuvres s’appuie sur de nombreuses recherches préalables, des lectures théoriques transdisciplinaires à la récolte de témoignages, qui servent de levier à la construction de puissantes fabulations polyphoniques. Entremêlements maîtrisé de savoirs et d’histoires, celles-ci cernent un territoire narratif aux limites fluides, dont l’exploration des différentes manières possibles d’être au monde formerait l’île principale. Que l’artiste interprète seule une conférence-performance face à son auditoire, ou orchestre une situation scénarisée impliquant la participation d’autres performeur·se·s, le déroulé se révèle rythmé au millimètre. Au sein d’espaces souvent plongés dans la pénombre nécessaire aux projections, la « magie sérieuse » d’Angèle Manuali opère. Une expérience, tant individuelle que collective, a lieu : expérience du corps faisant récit, expérience vécue de celles et ceux en qui il fera chemin. D’autant que les situations d’énonciation et de réception sont souvent multiples, entre l’exposé adressé au groupe temporairement formé et les confidences annexes divulguées à la faveur de précieux tête-à-tête. Angèle Manuali parle au pluriel, elle manipule les règles d’une polyglossie qui lui est propre mais qui m’évoque les enjeux de l’écriture cyborg maniée par Donna Haraway : il s’agit de prendre en compte que les savoirs sont toujours situés, et la perspective partielle. De fait, le projet « La vie mode d’emploi » que l’artiste développe depuis 2017 autour de la « recherche du vivant », ne serait sans doute pas sans déplaire à la biologiste, historienne des sciences et philosophe américaine. Après avoir émis des « hypothèses poétiques » tissant des parallèles « entre les techniques de recherches astronomiques et les connaissances en matière de vie » lors de sa leçon inaugurale (La vie mode d’emploi : les exoplanètes, 2017), Angèle Manuali questionne « ce qu’est un humain dans son corps » dans la seconde, en favorisant un état méditatif (La vie mode d’emploi : rendre vivant, 2019). Fondamentale dans son travail plastique et de plus en plus reliée à sa pratique du yoga, cette quête relative aux manières d’habiter nos corps, en immersion au sein d’un monde peuplé d’autres formes de vie, prend une nouvelle dimension en 2020, à travers l’hypnotique vidéo Rendre vivant : hommage, et l’ambitieux projet de lecture chorégraphiée intitulé L’eau d’ici. »

 

1 Ursula K. Le Guin, « La théorie de la fiction-panier », Danser au bord du monde. Mots, femmes, territoires, éd. de l’éclat, 2020

 

Marie Chênel, curatrice, responsable de AWARE, chargée de recherche de Sation 18 Laboratoire espace cerveau, Centre d’art de Villeurbanne.

Bio

 

J’ai montré mes performances, installations performées et vidéos à plusieurs occasions dont «Circonférence» à Château-Gontiers, au 4è étage du Théâtre National de Bretagne, à la Maison Internationale de Rennes, au Musée des Beaux arts de Rennes, à l’Hôtel Dieu de Rennes pour la «Rentrée des arts» et lors de «Foudre, festival des arts et du vin».

Cofondatrice du collectif Uklukk en 2015, je mène des projets de commissariat d’exposition, d’éditions et collaborations performance/poésie avec Mathis Berchery. En 2020 nous étions accueillis par "Intinéraires d’artistes" pour Les états sensationnels, entre Au bout du Plongeoir à Rennes, les Fabriques de Nantes et la Chapelle Derezo de Brest.

2021 commence avec une nouvelle création L’eau d’ici, notamment soutenu par la DRAC Bretagne, il vient d’être accueilli en résidence à la Salle de la Cité par La Criée, centre d’art contemporain de Rennes et se poursuivra à Kunstverein Anscharpark, centre d’art de Kiel, Allemagne, en août.

Ma dernière vidéo Rendre.vivant : hommage sera diffusée lors des portes ouvertes de Poush Manifesto & l’espace Rotolux, Paris Clichy en juin.

Depuis octobre 2020 je réside à Marseille, pour une énergie nouvelle et ai intégré les ateliers de Buropolis !

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